Le Maitre Zen Taisen DeshimaruJ'ouvris la paroi coulissante et trouvai Maître Kodo Sawaki en posture de zazen, immobile, calme et fort, tel un dragon prêt à bondir. Très surpris, je le regardai fixement. Il ne bougea pas. Je m'annonçai une nouvelle fois. Il ne fit pas un mouvement et ne jeta même pas un coup d'oeil mais, de la même voix pleine et forte, il me lança: "Attends un peu! Majima m'a dit que tu me rendrais visite, j'étais impatient de te voir." Enfin, quelques instants plus tard, il se retourna et me scruta du fond de ses yeux en amande qu'il avait vifs et brillants. Je ne pus rien dire, mais je le dévorai moi-même du regard. Il avait environ cinquante-cinq ans. Bien que l'ayant déjà rencontré quand j'étais plus jeune, c'est seulement à ce moment-là que je ressentis sa force avec une telle acuité, et la communication qui s'établit entre nous fut comme une énorme vague balayant toute mes ruminations du moment, instantanément. Ayant quitté la posture de zazen, il croisa fermement les bras dans les manches de son habit. Il semblait solide comme une montagne mais de lui émanait une douceur universelle. Il me demanda simplement des nouvelles de mon travail.

"Ca ne va pas comme je veux, répondis-je.
-N'es-tu pas trop difficile et trop fier?"

Ces paroles pleines d'un intérêt chaleureux me touchèrent au plus profond de moi-même. Il avait raison.

-Je me prends un peu pour le coq de Saga, lui dis-je.
-Ah, tu te souviens toi aussi de cette histoire! dit-il en éclatant de rire. Mais j'ai l'impression que les coqs ne sont pas les seuls à me grimper sur la tête. Les hommes aussi aiment en faire autant!"

J'eus l'impression que cette remarque s'adressait à moi et, tout à coup, je n'eus plus envie de lui parler de ce qui me tracassait. Il me dit :

" Rends-moi visite chaque fois que tu le voudras, tu es le bienvenu ici".

J'acceptai cette invitation avec empressement, puis il m'indiqua que le dimanche il organisait une séance de zazen à laquelle je pourrais participer.

- Mais je te préviens, ça fait mal aux jambes, me dit-il.
- Oh, je sais, j'ai déjà fait zazen au monastère d'Enkaku-ji à l'époque où j'étais étudiant, lui dis-je. Et je lui racontai ce qui s'y était passé.
- Quel sauvage es-tu? dit-il. Tu es un gosse insupportable, tu as dû être très difficile à élever. Ne t'en fais pas, ici, dans mon dojo, c'est moi qui donne le kyosaku, et je ne t'assommerai pas. Par contre, je suis extrêmement sévère quant à la posture.
- Que voulez-vous dire? J'aimerais bien que vous me montriez comment s'asseoir."

Tout d'abord, Maître Kodo Sawaki parut n'avoir pas entendu ce que je lui demandais. Pourtant, une minute plus tard, il prit un zafu qu'il plaça devant moi:" Assieds-toi, je vais te montrer.

- Quoi? Là? Tout de suite?
- Oui oui!".

Je commençais à regretter mes paroles. J'avais l'impression de passer un examen. Tendu et nerveux, je n'eus donc pas d'autre recours que de m'asseoir comme on me l'avait appris à Enkaku-ji. Il m'examina un moment puis remarqua:

"Ta posture est correcte et pleine d'énergie, mais tes mains sont mal placées. Il faut mettre la main droite dans la main gauche, la main gauche sur la main droite et joindre les deux pouces. Il faut aussi que tu bascules bien ton bassin vers l'avant, puis que tu redresses complètement la colonne vertébrale.
- Je comprends.
- Il ne s'agit pas de comprendre, il va falloir que tu essayes ainsi d'innombrables fois avant d'arriver naturellement à cette posture. Bon, excuse-moi, maintenant il faut que j'aille diriger le zazen. Pour te faire patienter, je te laisse ces fruits: ces kakis sont pour toi. Je serai de retour dans une heure ou deux ".

Il me pela lui-même un kaki puis, se dirigeant vers une étagère, il en tira deux ou trois livres poussiéreux aux reliures anciennes auxquels il ajouta un carnet de notes crasseux.

"Je crois que tu aimes la lecture. Tu ferais bien de lire ceci. Ca te changera de tes fadaises classiques".

Lorsque nous savons qu'entre ce corps et le Bouddha il n'y a pas de séparation à quoi sert de chercher le nirvana ?

Eka

Faites un don

Soutenez le plan de gestion durable et de préservation du patrimoine forestier du Temple Yujo Nyusanji


Mondo

Questions au maitre zen Kosen

Boddidharma, moine bouddhiste indien, fondateur en Chine de l'école Chan, courant contemplatif du mahāyāna, devenu le Zen.

Maitre Kosen

Suivez l'enseignement de Maître Kosen au Dojo Zen de Montpellier et dans les grandes sesshins au temple zen Yujo Nyusanji


Kusens

Ecoutez et téléchargez les derniers enseignements de Maitre Kosen à Montpellier