Zen
signifie contemplation
, absorption
, méditation
. Le bouddhisme zen est un courant ancien du
bouddhisme qui trouve son origine avec le Bouddha Shakyamuni au Ve siècle avant J.-C.
Forme épurée qui met avant tout l’accent sur la méditation, cœur du bouddhisme, cette pratique s’est transmise de maître à disciple depuis le Bouddha jusqu’à nos jours. D’abord en Inde, puis en Chine au VIe siècle, au Japon au XIIIe siècle puis en Occident au XXe siècle.
Le Bouddha et le début bouddhisme en Inde
Le Bouddha (563 - 483 av. J.-C.) était un prince héritier du clan des Shakya. Comme il était destiné à occuper une place importante dans la société, ses éducateurs et famille firent en sorte qu’il ne manque de rien, loin des souffrances du monde.
Cependant, un jour, en sortant de son palais, il fut frappé de la rencontre avec des personnes mourantes. Il prit conscience de la vieillesse, la maladie et la mort – dit autrement, avec la souffrance inhérente à la vie.
À partir de là, il entame une recherche spirituelle et décide d’abandonner la vie d’héritier à laquelle il était destiné. Sa vie était maintenant consacrée à trouver l’origine de la souffrance et le remède pour atteindre la paix.
À cette époque, les mouvements religieux et spirituels ne manquaient pas en Inde. Il étudie auprès de diverses écoles, jusqu’à s’adonner à une pratique ascétique rigoureuse.
Après un jeûne extrême qui le laissa presque mort, il comprit que la solution ne venait pas de pratiques de mortification et décida de simplement s’asseoir en posture assise, les jambes croisées sous un arbre, en zazen.
Il fit le vœu de ne plus bouger tant qu’il n’aurait pas résolu le problème de la vie et de la mort, trouvé la réponse à la grande question de l’humanité.
On raconte que c’est après 49 jours de méditation, ayant traversé toutes les couches de l’illusion, qu’il trouva en lui l’éveil. C’est à partir de ce moment qu’il fut appelé Bouddha, l’éveillé
.

Little Buddha.
De cette expérience, il tira son enseignement pour tous les êtres humains, le dharma
, et le promulgua à ses disciples pour qu’à leur tour ils puissent réaliser l’éveil et le transmettre.
Son premier successeur fut Mahakashyapa, puis Ananda, et ainsi de suite, formant une transmission de maître à disciple ininterrompue jusqu’à nos jours.
Le bouddhisme chan en Chine
Au VIe siècle après J.-C., le célèbre maître indien Bodhidharma arriva en Chine pour apporter cette graine qui donna le bouddhisme chan
(du sanskrit dhyana
qui donnera le zen
au Japon).

Master of Zen.
Les enseignements nous disent que Bodhidharma passa de longues années en zazen dans une grotte et qu’il forma des disciples dont le plus célèbre est Eka. Cette méditation et les enseignements furent là aussi transmis de maître à disciple.
À cette époque, le cœur reste le même, la méditation zen (zazen), mais inévitablement, cette pratique – ce mouvement – s’adapte au contexte de l’époque et vient s’enrichir d’enseignements et de lieux de pratique avec leurs règles.
C’est par exemple en Chine que les premiers monastères zen firent leur apparition, avec notamment la pratique de l’activité dans l’instant présent (samu).
C’est aussi en Chine que certains textes importants du bouddhisme zen furent rédigés, notamment le Sandokai et l’Hokyo Zanmai (voir livre La pratique du zen
).
Également à cette période, divers courants se forment au sein du zen, en particulier le zen Soto et le zen Rinzai, qui perdurent encore de nos jours.
Même si la méditation zen (zazen) est une, le noyau, les enseignements autour peuvent plus ou moins avoir des différences. Comme l’arbre qui naturellement a plusieurs branches, mais un tronc commun.
Le Rinzai est notamment connu pour son utilisation des koans, de courtes énigmes qui ne peuvent être comprises avec le mental, par exemple Deux mains applaudissent et il y a un bruit. Quel est le son d’une main ?
Le bouddhisme zen au Japon
Le bouddhisme existait déjà au Japon, mais c’est avec maître Dogen au XIIIe siècle que le bouddhisme zen Soto connaît une forte impulsion dans le pays.
Maître Dogen reçut cette transmission lors d’un voyage en Chine auprès de maître Nyojo, la pratique de la méditation zen (zazen) directe, sans fioriture ni dogme.

Zen, la vie de maître Dogen.
Au Japon, le nom de maître Dogen est depuis lors connu, et aujourd’hui encore, un des temples qu’il fonda, Eihei-ji, est parmi les temples les plus importants du Japon du bouddhisme zen Soto.
Dans la continuité depuis le bouddha, le zen se transmit à travers les siècles au Japon jusqu’au XXe siècle où l’occident découvrit cette pratique.
Arrivé en occident
Déjà au XIXe siècle, puis surtout au XXe, l’Occident s’intéresse au bouddhisme. Cependant, il manque encore cette pratique fraîche de la méditation zen et il faudra attendre la venue de maître Taisen Deshimaru en France pour son implémentation en Europe, et même en Amérique du Nord.

Au Japon, à la fin des années 1930, le maître Kodo Sawaki a un jeune disciple, Taisen Deshimaru. En 1965, à sa mort, il donne finalement à Taisen Deshimaru l’ordination de moine et il invite celui-ci à transmettre le zen en Europe.
Taisen Deshimaru se rend alors en France en 1967 et pratique la méditation zen (zazen) dans l’arrière-boutique d’une boutique d’alimentation diététique. Pour vivre, il donne des massages de shiatsu.
Petit à petit, les gens sont attirés par cette pratique et commencent à devenir ses disciples pour apprendre à méditer. Taisen Deshimaru organise alors des séances de pratique puis fonde le premier dojo zen de Paris.
Au Japon, il fait grande impression avec le développement de sa mission et est appelé alors le Bodhidharma des temps modernes
.

Au fil des années, de plus en plus de disciples entourent maître Deshimaru, dont le jeune Stéphane Thibaut qui deviendra maître Kosen. De nombreux lieux de pratique se créent, en France et dans toute l’Europe.
Il décède en 1982 et trois de ces proches disciples recevront la transmission de maître Niwa Zenji (abbé du temple Eihei-ji) : Stéphane Kosen Thibaut, Étienne Mokusho Zeisler et Roland Yuno Rech.
À partir de là, le bouddhisme zen, toujours avec la méditation zazen au cœur, continua à fleurir en Europe, mais aussi en Amérique latine, sous l’impulsion de maître Kosen, qui y fonda le premier temple zen en Argentine (Shobogenji) et de nombreux dojos sur le continent.
Vous pouvez en savoir plus sur maître Deshimaru et maître Kosen.
Avant le bouddha historique, la préhistoire du zen
Par Guy Massat, moine zen disciple de maître Deshimaru.

La posture de zazen n’a pas commencé avec le bouddha Shakyamuni. En effet, des traces archéologiques nous donnent des pistes sur cette pratique qui remonte à la nuit des temps.
Le zen, c’est le zazen
, enseignait maître Deshimaru. C’est-à-dire que le zen, étymologiquement l’absorption
, l’absorption concentrative (Jhana, en pâli), est lié à la posture dans laquelle on représente généralement le bouddha.
L’histoire rapporte que c’est dans cette posture que le bouddha atteignit l’éveil il y a quelque 2600 ans. Position, existence et vide (ku) sont noués. Cependant, cette posture d’ex stase (l’extase, position hors de soi, à distance de soi, par-delà soi : ex
hors de, par-delà ; stasis
, l’immobilité, la substance), remonte à des époques beaucoup plus anciennes que celle du bouddha historique.

À partir du moment où on connaît bien, selon l’enseignement transmis par maître Deshimaru, la posture de zazen, il est possible d’en retrouver des traces évidentes dans d’autres cultures anciennes, et notamment dans la statuaire protohistorique.

Maître Deshimaru avait lui-même attiré l’attention de ses élèves sur des personnages sculptés au IXe siècle après J.-C., dans le comté de Fermanagh, en Irlande, dont le port de tête, le menton rentré et la position des mains évoquaient à l’évidence le zazen, bien que les jambes ne soient pas représentées. Cependant, ces statues laissaient supposer qu’on pouvait retrouver en Europe des personnages dans la posture tout entière.

Ainsi, un personnage servant d’anse à un seau, le seau d’Oseberg
, en Norvège, datant du Ier siècle, se présente avec le même port de tête ; de plus, il a les jambes parfaitement croisées à la manière de zazen et porte sur la poitrine une sorte de rakusu
.
Cependant, c’est à l’archéologue E. Espérandieu qui a entrepris le premier, de 1907 à 1947, une recherche systématique sur la statuaire gauloise que nous devons les renseignements les plus importants. E. Espérandieu a mis en évidence la profusion de statues de dieux assis dans la pose bouddhique
selon son expression, dans toute la France, du nord au sud et d’est en ouest, avec une concentration dans le Massif central.
Selon les spécialistes de son équipe, ces statues datent au moins du Ve siècle avant J.-C. (c’est-à-dire qu’elles sont au moins contemporaines ou qu’elles devancent l’existence du bouddha historique). Certaines sont plus récentes. Leur production s’arrête cependant avec la domination du christianisme en Europe. La plupart de celles qui ont été retrouvées ont été volontairement mutilées.
Le plus grand nombre a été détruit. En effet, la destruction des idoles de pierres
fut proclamée, rappelons-le, dès les premiers conciles chrétiens. Lorsqu’en 496 Clovis, roi des Francs, premier roi de notre histoire, se fait baptiser chrétien à Reims, avec 3000 de ses guerriers
, l’évêque Saint Rémi lui dit ces paroles fameuses, rapportées par Grégoire de Tours et reprises par Michelet : Courbe-toi, fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé
.
Adore ce que tu as brûlé
se rapporte aux églises et abbayes chrétiennes que les hordes sicambres pillaient régulièrement.
Brûle ce que tu as adoré
se rapporte, en revanche, au dieu Cernunos, le dieu de la richesse et de l’abondance
,
représenté généralement – nous disent les archéologues – assis les jambes croisées dans la posture du bouddha
. Cernunos,
nous rapporte Jules César dans ses Commentaires sur la Gaule
(Ier siècle avant J.-C.), **
était le dieu le plus vénéré des Gaulois
** (VI, 17).
À l’entrée de la cathédrale de Reims, sculpté sur le fronton de la porte principale, on peut voir un personnage, les jambes croisées, courbé sous le poids d’un chrétien qui lui écrase le dos. Dans les fondements de Notre-Dame de Paris, on a retrouvé une large pierre sur laquelle était gravé le nom Cernunos
. Elle est conservée au musée de Cluny. C’est que, comme la plupart des églises de France, Notre-Dame de Paris fut construite sur l’emplacement d’un temple gaulois.

Sur une monnaie gauloise des Rèmes, peuple gaulois de Belgique (monnaie des Catalauni), retrouvée dans la région de Reims et datant du IIe ou Ve siècle après J.-C., on peut voir une femme en posture de zazen tenant un torque d’une main et une tresse de l’autre (Musée des monnaies). Sa posture rappelle nettement le personnage du chaudron de Gundestrup, au Danemark, datant du Ier siècle qui tient lui aussi un torque d’une main et de l’autre un serpent. En France, nous pouvons voir au musée de Saint-Germain-en-Laye la belle posture du dieu accroupi
(ainsi dénommé) trouvé à Bouray, près de La Ferté-Alais.
On trouve aussi la statuette de bronze dite d’Autun provenant de Curgy (Saône-et-Loire) représentant un personnage dit en pose bouddhique
enlacé par deux serpents à tête de bélier.

Au musée Borrely à Marseille, on peut voir des personnages, mutilés certes, mais qui évoquent parfaitement la posture de zazen, bien que les deux jambes ne soient pas complètement croisées. Ils proviennent des fouilles de La Roquepertuse et sont datés du Ve siècle avant J.-C.
En revanche, la statue d’une femme nue, découverte à Étaules, Quarré-les-Tombes (Yonne), et datée du Ve siècle avant J.-C., se présente avec les jambes parfaitement croisées en zazen. (Quand l’auteur de cet article la fit connaître à maître Deshimaru, c’était quelques jours avant sa mort, il s’exclama : Maintenant je sais pourquoi je suis venu en France enseigner le zazen !
).


dieu assistrouvées dans les fouilles de Roquepertuse, Ve siècle avant J-C., musée archéologique de Marseille.

dieu assistrouvées dans les fouilles de Roquepertuse, Ve siècle avant J-C., musée archéologique de Marseille.
Dans l’Inde prévédique, civilisation d’Harrapa (2700 ans avant J.-C.), on trouve un sceau représentant un personnage à triple tête, ithyphallique, entouré d’animaux, en posture de zazen.

Au musée des Beaux-Arts de Belgrade, on peut voir le squelette d’un homme en posture de zazen, découvert dans les fouilles de Lepenski Vir, en Yougoslavie, datation : 6000 ans avant J.-C.

En Grèce, dans l’art des Cyclades (4000 ans avant J.-C.), on trouve une femme les jambes croisées en zazen. Par ailleurs, les statuettes qu’on plaçait dans les tombes évoquent aussi la posture de zazen dans le style très épuré caractéristique de l’art des Cyclades. Une figurine de terre cuite de Kato, Crète orientale, se présente elle aussi en posture de zazen, elle est datée également du néolithique (4000 ans avant J.-C.). Nombre d’élégantes statuettes d’argile trouvées en Turkménie du sud et datées du troisième millénaire avant J.-C. évoquent également la posture de zazen, au musée de l’Ermitage, à Leningrad. On peut y voir aussi des statuettes d’albâtre de même inspiration, découvertes dans le Caucase du Nord et datées du deuxième millénaire avant J.-C.
Puis nous arrivons au bouddha atteignit l’Éveil sous un figuier, en posture de zazen, il y a 2600 ans, mais bien avant lui, la tradition rapporte que Siva, le dieu du Yoga et de la danse, pratiquait la même posture sous un figuier.
Puis comme vu au début de cette page, cette pratique se transmet en Chine, au Japon et en Occident.
Pour remarquer l’existence de cette posture dans d’autres civilisations, dans le temps et l’espace, il faut nécessairement la connaître en l’ayant pratiquée selon les directives transmises par maître Deshimaru.
Nul doute que les pratiquants de zazen, présents ou futurs, pourront compléter et enrichir les informations que nous avons présentées ici.
NB : Les documents cités proviennent : pour la France, du catalogue de E. Espérandieu (Bibliothèque Nationale) ; pour la Grèce, du musée Goulandris (Athènes) ; pour la Russie, du musée de l’Ermitage (Leningrad).

En savoir plus sur l’histoire du zen
Nous vous conseillons le livre L’univers du zen pour une vue complète et détaillée sur l’histoire du zen. Vous pouvez aussi consulter Les maîtres zen du même auteur pour une vue complète des principaux maîtres zen.
Vous pouvez également retrouver les biographies et histoires complètes des différents maîtres cités tels que Bodhidharma, Dogen et d’autres sur Wikipédia, YouTube et autres.
