Question
Je vous salue depuis l’autre continent, chère maître Barbara Kosen.
Chère maître, je vous écris à propos d’un sujet particulier : « la femme ». Je sais que vous pourrez
me comprendre lorsque je fais cette distinction si significative.
Je pratique zazen dans un dojo depuis un an et quelques mois. J’ai l’intention de
recevoir l’ordination de bodhisattva au prochain camp d’été, en 2007, au temple de Córdoba,
en Argentine. Jusque-là, dans cette histoire… tout va bien.
Mais voici ce qui se passe : j’ai un problème avec ma femme. Rien de ce qui vient du zen ne
l’intéresse. Plus précisément, elle ne veut pas que je m’engage dans cette
pratique, zazen en particulier. Nous avons des problèmes à ce sujet. Elle dit
que j’ai considérablement changé depuis que je pratique, que je ne suis plus
celui que j’étais il y a quelque temps, que je ne suis plus aussi spontané, plus aussi
drôle, etc. Elle m’a même dit : « Cette secte vous lave le
cerveau, ces Japonais changent votre esprit… Vous êtes un esprit assis, vous n’êtes plus
celui que vous étiez auparavant : drôle, spontané, sympathique, etc. » En
définitive, elle dit que cela me fait du mal. J’en viens à penser qu’elle est peut-être jalouse que
j’aie autant d’intimité avec moi-même.
Elle a peut-être raison de dire que j’ai perdu ma spontanéité, que j’ai cessé d’être
drôle. Mais ce qu’elle ne comprend pas, c’est que je traverse un processus… Tout
a bougé en moi et cela a été incroyable. Zazen est très puissant. C’est ce que j’appelle « l’effet
boule à neige » : cet objet qui contient de l’eau et de petits flocons de neige,
avec la figurine d’un bonhomme de neige. Quand on le secoue, tout s’agite à
l’intérieur, et quand on le laisse immobile, la neige commence à tomber jusqu’à ce qu’on puisse de nouveau voir
l’intérieur… Bien sûr, elle ne comprend peut-être pas cela, car si je lui explique ce que je
viens de vous expliquer, elle me dira : « Arrêtez d’être aussi ZEN, merde ! »… Au point
qu’elle m’a averti : « Choisissez : zazen ou moi. » En réalité, je ne parle plus de zazen avec
elle, parce qu’il y a quelque temps, elle m’a dit : « Ne soyez pas aussi zazéniaque ! » Ha ha ha… Ce
terme me fait rire. Et maintenant que je ne lui parle plus de zazen, elle me dit : « Vous êtes
égoïste, vous ne partagez pas avec moi ce que vous traversez. » Qui peut la comprendre ?
Maître, si ce qui se passe autour de moi est le reflet de mon esprit… que dois-je
faire ? J’ai envisagé d’arrêter zazen quelque temps pour le bien de notre
relation. Mais ensuite, je me dis : « NON… Zazen ne détruit pas les mariages. C’est peut-être moi qui
dois changer, je suis trop fanatique, je m’attache trop à zazen… Je ne sais pas… » Comment
comprendre cette situation et, en même temps, comment y faire face ?
Merci Maître pour votre patience.
Christian.
Anonyme
Réponse de maitre Kosen
Bonjour Christian,
Merci pour votre question, mais ce que vous me racontez, je le vis avec mes disciples, qui sont en majorité des hommes. Même si nous dormons dans le même lit, nos rêves ne sont pas identiques. L’amour se mêle à la possession, et c’est courant, car jusqu’à présent, nous n’avons jamais reçu, enfants, de véritable éducation à l’amour. Nous ignorons ce qu’est l’amour véritable, et c’est dommage. Ici, en Espagne, il y a beaucoup de crimes passionnels, chaque semaine ; c’est horrible. Alors, continuez zazen et, avec le temps, votre femme s’apaisera. Un jour, emmenez-la à une séance de pratique : cela peut être dans un an, dans dix ans ou jamais, tout est possible. La femme d’un disciple m’a insultée un jour, mais finalement, son mari continue ; il est au dojo tous les matins. Nous devons toujours équilibrer notre vie : si nous ajoutons quelque chose, autre chose s’en va. Ce qui est clair, c’est que zazen ne doit pas engendrer la colère et les passions. Vous pouvez partager votre pratique avec elle inconsciemment, automatiquement et naturellement. Bonne chance.
Kosen