Question
Cher Maître Kosen,
j’aimerais vous demander des éclaircissements sur des détails techniques du discours zen.
Le mot “Zen” dérive du mot “Dhyana” qui signifie méditation, concentration (si j’ai bien compris). Il semble important d’en connaître le sens…
D’où viennent les autres mots (“zen”) tels que:
- samu (le travail)
- satori (l’éveil)
- guen-maï (la soupe de riz)
- kyosaku (le baton)
- eko (le chant cérémoniel)
- shiho (la transmission du Dharma)
… et ceux que vous voulez, plus on est érudit plus il y en a je suppose…
Et puis dans le même registre, mais juste par curiosité, que signifient originellement les mots:
- tchoukaï (à la fin du moment kyosaku) ?
- kaïjo (à la fin du zazen du matin)?
Merci pour vos lumières
Anonyme
Réponse de maitre Kosen
Pour être sur de la précision des réponses j’ai demandé à mon disciple Maitre Ryurin Desmur
http://www.dojozen-lyon.fr/zen-lyon/ryurin.html
qui parle couramment le chinois.
voici ses réponses :
Kosen
Effectivement comme vous l’ écrivez, le mot “Zen” provient bien du mot sanskrit “Dhyana” qui peut se traduire par “concentration” ou “méditation”. Il faut cependant noter que de nombreux grands maîtres zen comme les Maîtres Nyojo (1162-1228), Dôgen (1200-1253) et Menzan par exemple n’aimaient pas tellement cette appelation de “Zen” ou “Dhyana”qu’ils considéraient comme trop restrictive. Ce terme sinisé en “Chan” puis japonisé en “Zen” à partir du mot sanscrit “dhyana” ne rend compte que partiellement de la dimention du véritable enseignement transmis d’être éveillé (Bouddha) à être éveillé) (Bouddha). Ils considèrent que c’est bien à partir de l’esprit d’éveil que l’on doit pratiquer le vrai zazen du Bouddha et qu’il ne s’agit pas de s’entrainer à une pratique méditative et de concentration limitée, recherchant encore un moyen provisoire d’atténuer stress, souffrance ou encore de rechercher un quelconque développement personnel par paliers successifs comme cela était déjà souvent le cas à leur époque.
Les mots employés dans la pratique du Zen sont assez nombreux, ils forment une sorte de jargon qui a son utilité évidente mais il est en effet parfois bon de savoir plus précisément ce qu’ils désignent pour ne pas tomber dans l’utilisation parfois mécanique et vide de sens de ces mots “zen”.
Le mot “samu” désigne toutes les tâches ou affaires “MU” qu’il convient de faire “SA” dans une communauté qui se rassemblent pour pratiquer le Zen. L’expression complète traditionnelle est “Fushin samu”, “FU” signifiant “universel, pour tous” et “Shin” signifiant “Invitation”. Donc, chacun participe, selon les tâches qui doivent être accomplies aux travaux manuels et autres affaires permettant ainsi un bon déroulement général de la pratique du Zen dont ce “Fushin samu” fait parti intégrante.
Le mot “satori” vient d’un verbe japonais “satoru” qui signifie “comprendre, percevoir, discerner”. On l’emploie souvent dans le Zen avec effectivement le sens “d’éveil” même si on parle aussi parfois de satoris au pluriel et donc d’ éveils succéssifs dans la vie d’une personne pratiquant le Zen. Les “satoris” de disciples devenus par la suite de grands maîtres illustrent d’une manière très vivante la relation très importante dans le Zen qui consiste pour un maître à aider son disciple à s’éveiller et au disciple à avoir foi en son maître. Pour ce mot de “satori”, Maître Taisen Deshimaru parlait aussi de “s’éveiller à la vérité cosmique”.
Le mot “guenmai” signifie littéralement riz (mai) complet (guen). La guenmai est la soupe traditionelle, véritable médecine du corps et de l’esprit, à base donc de riz complet et de légumes. Cette nourriture la plus simple et la plus nutritive symbolise la vie simple du moine zen qui n’a besoin que de l’essentiel “guen” (ce mot veut aussi dire origine, source) pour vivre sa dimenssion physique et spirituelle d’être humain.
Le mot “kyosaku” signifie bâton “saku” et “kyo” signifie alarme, en éveil donc il s’agit du bâton avec lequel on frappe l’épaule droite puis la gauche pour maintenir les pratiquants en éveil, vigilant. Le coup de kyosaku pendant le zazen, a un effet à la fois tonifiant et calmant.
Le mot “eko” signifie littéralement “transférer vers” ou “tourner vers”. Il s’agit d’une sorte de dédicace, de voeux fait en direction de tous les êtres que l’on récite après le zazen. Il existe différents “eko” comme par exemple le Fueko”, “Fu” voulant dire ici “universel, dans lequel on fait le voeu de propager les mérites de cette invocation à soi et à tous les êtres dans le but de réaliser tous ensemble la Voie du Bouddha.
Le terme “Shiho” signifie transmission “Shi” de l’enseignement du Bouddha ou dharma “Ho”. Cette transmission se fait de maître à disciple et d’esprit à esprit lors d’une cérémonie intime.
Les deux derniers termes dont vous souhaitez avoir le mot-à-mot sont prononcés lors des temps de pratique de zazen à des moments précis.
Le premier mot “chukai” est destiné aux personnes qui sont en charge de donner le kyosaku et lorsque le maître ou le responsable de la pratique prononce ce mot cela veut dire qu’ils doivent venir saluer et reposer sur l’autel les kyosakus.
Littéralement “chukai” signifie “retirer, enlever” et l’on sous-entend à l’origine le mot kesa. Donc, “chukai” a d’abord voulu dire “enlever son kesa” puis le terme à désigné les moments de repos qui suivent les temps de pratique où l’on enlève normalement le grand kesa.
Le deuxième mot “kaijo” signifie littéralement “ouverture de l’immobilité” ou “libération du silence”. Le mot est prononcé à la fin du zazen par le maître ou le responsable du zazen et indique qu’il faut sonner le tambour (le nombre de fois indiquant l’heure qu’il est) puis les autres instruments de percussions appelés métal et/ou bois .
Je vous souhaite une bonne lecture
Ryurin
Kosen