Quelle valeur a la vie intellectuelle ? Vaut-elle la peine ou sert-elle uniquement à compliquer les choses ?

L'être humain, la conscience humaine est un tout. Il existe une partie concrète et une autre abstraite. On ne peut pas expliquer l'abstrait par le concret. Mais le concret ne peut non plus en être séparé. Ils sont interdépendants, ils n'existent pas l'un sans l'autre, ce sont comme les deux côtés d'une même feuille de papier. Dans l'abstrait et dans le concret il faut se déplacer en tant qu'être humain, il faut s'exprimer, il faut vivre, il faut survivre. Certaines personnes ne connaissent rien au monde abstrait, au monde religieux, au monde spirituel et sont uniquement dans le concret, concret, concret.
Il y a des gens qui veulent échapper au monde concret, au monde intellectuel et qui veulent uniquement se diriger vers le monde spirituel. Ces personnes qui veulent échapper au monde concret, à la fin deviennent folles, et les gens qui sont uniquement intellectuels, qui appartiennent uniquement au monde concret, à la fin, ils ne sont pas exacts non plus. Ils se trompent, même dans le concret.
C'est pour cela que j'explique que la pratique de zazen crée des bases indestructibles qui ne dépendent ni du monde concret ni de l'abstrait. Ces bases du zazen ne varient pas, que l'on soit dans le monde concret ou dans le spirituel. Quand on est exact dans le monde spirituel, on est exact dans le monde concret et on retombe sur ses pattes. C'est pour cela que souvent je critique les personnes qui se trompent spirituellement, parce qu'après elles se trompent également sur le plan matériel. Il faut pouvoir exprimer la vérité de façon concrète, et même intellectuelle, avoir des idées claires.
Mais il ne s'agit pas d'une compréhension intellectuelle, ça ne vient pas de là, ça vient de quelque chose de plus profond, d'absolu, d'une compréhension absolue. Lorsque la compréhension absolue est juste, elle peut s'exprimer de n'importe quelle façon, que ce soit en parlant, en chantant ou en dansant. Elle peut être exprimée de toutes les façons.
Il y a des gens qui croient avoir tout compris du Zen. Ils parlent, ils répètent les paroles des autres, mais ils n'ont rien compris, même d'eux-mêmes. Sensei disait qu'il fallait créer à partir du vide, à partir de ku. Le véritable enseignement surgit à partir du vide, de sa conscience profonde. Il y a une phrase zen qui dit : " N'utilisez pas les affaires des anciens. '' Quand on a réellement reçu la transmission des anciens, on peut créer à partir de rien, soi- même, on n'a besoin de rien, on n'a pas besoin de répéter, on n'a pas besoin de leurs livres, de leurs kesa, de leurs châteaux, on n'a absolument besoin de rien d'eux, ni de leur argent, ni d'adhérer à leur association bornée du Zen, soit disant internationale.
Il ne s'agit absolument pas de refuser le monde intellectuel : il faut savoir penser, s'exprimer de la façon aussi concrète que possible, et analyser, réfléchir. Pour analyser, pour être intellectuel, il faut avoir du courage, il faut être courageux, parce que cela signifie également regarder la réalité en face. Dire : " C'est ça la réalité ? Et alors, qu'est-ce que je fais ? Comment dois-je agir ? '' Et ça, c'est très important, parce que si on ne le fait pas, on se laisse complètement aller, tant dans le monde concret qu'abstrait.
Alors les gens se disent : " Nous, nous suivons la Voie, nous suivons le Zen, nous avons la foi '', et ils se lancent : " On va faire ci, on va faire ça. '' Mais avant, il faut réfléchir, il faut se dire : " Bon, que se passe-t-il si je fais telle ou telle chose ? Quels en sont les avantages ? Les inconvénients ?'' Il faut être réaliste. Le maître comprend immédiatement si ça vaut la peine ou pas de faire telle chose. Ce qui est très important, c'est de pouvoir penser soi-même et comprendre soi- même. C'est uniquement quand on est malade qu'une autre personne pense pour nous. Quand on est malade, c'est difficile de se soigner soi-même, donc on a besoin d'un bon médecin qui va regarder notre cas à distance et nous dire : " Reste calme, il t'arrive telle et telle chose et je vais te soigner. '' C'est alors que l'on peut s'abandonner. Mais quand on n'est pas malade, on doit penser soi- même, sans être influencé par les autres. Ça, c'est très important.
KOSEN!

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