Qu'est ce que l'illumination ?
Dogen dit : " Surtout vous ne devez pas chercher la grande illumination.
La grande illumination c'est seulement l'état normal des choses, l'état
ordinaire des choses. ''
Un jour un disciple demande à son maître : " Quand un maître
éveillé, illuminé, a des illusions, reste prisonnier de son karma,
qu'est-ce qui se passe ? ''Le maître lui dit : " C'est comme un miroir
brisé, on ne pourra plus jamais le recoller, le réparer.''
De même, lorsque vous vous éveillez, votre karma, votre illusion,
ne pourra jamais plus vous emprisonner. C'est pourquoi il ne faut pas chercher
la grande illumination ni s'attacher à la grande illusion. Si vous avez
embrassé l'éveil, la liberté, embrassé zazen, embrassé
la vie, vous ne craignez pas le mauvais karma passé.
Parfois on le connaît, on en connaît la cause, parfois elle est
tellement lointaine qu'on ne peut plus s'en souvenir. Le mauvais karma, il faut
l'assumer sans peur, pas seulement le sien, pas seulement le karma de sa petite
histoire, de son petit ego, mais le karma de tous ceux que l'on aime, de toute
l'humanité, même de ses ancêtres, même du Christ, de Satan,
l'assumer mais ne pas s'identifier. Assumer ne veut pas dire s'identifier. En
s'identifiant, on devient fou, on devient mauvais, compliqué. Si vous ne
pouvez pas assumer ce karma, vous ne pouvez obtenir l'énergie spirituelle
en vous-même.
Assumer le mauvais karma passé permet également de ne plus pouvoir
créer de mauvais karma futur, c'est-à-dire, de pratiquer les préceptes.
La chose essentielle transmise lors de l'ordination et du shiho*, ce sont les
préceptes. Les préceptes, c'est le secret du bonheur, de la liberté,
du monde idéal. C'est une transmission secrète, de maître à
disciple, transmise oralement. Oralement, ça ne signifie pas par les mots,
le raisonnement. Maître Dogen dit : " À première vue on
peut dire que Shakyamuni a transmis un enseignement secret, une pratique secrète,
une illumination secrète. ''
Évidemment, les idiots pensent que secret veut dire que les autres ne
peuvent pas le connaître, que c'est un secret connu seulement par un petit
nombre de personnes. Beaucoup, même depuis les temps anciens, en Inde,
en Chine ou au Japon, pensent comme ça, parce qu'ils sont complètement
à côté, à côté du Zen. Ils font du Zen mais ils
sont à côté. Quand on se connaît soi-même, qu'on se
découvre soi-même, on connaît son propre secret, on connaît,
on découvre sa propre pratique secrète.
Bien sûr, les bouddhas et les patriarches* en connaissent un sacré
morceau sur leur propre pratique secrète. " Sachez, dit Maître
Dogen, que lorsqu'on devient Bouddha - à travers et pendant zazen - l'enseignement
de la pratique secrète s'actualise tout à coup. '' Et je rajoute :
cet enseignement secret qui se révélera et qui sera notre propre enseignement,
notre propre actualisation, jaillissant du plus profond de nous-mêmes,
est celui qui nous a été transmis par notre maître. Cela rend
beaucoup plus compréhensible la relation maître-disciple dans le Zen.
KOSEN!