LA REVOLUTION INTERIEURE
Un livre de Maître Kosen Thibaut
Zen, la révolution intérieure enseignement du moine Kosen
héritier du Dharma de Maître Deshimaru
Première édition
Editions L'oeil du tigre, juillet 1997, ABZD,
304 pages
Format poche
Le livre contient aussi un CD du moine Kosen
Prix : 100 FF + 25 FF de port
Ce livre est référencé dans toutes les librairies et les FNAC de France
et de Belgique.
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75020 Paris.
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" L'apprentissage zen ressemble à
la guerilla : une petite partie en nous prend le maquis pour lutter contre le
pouvoir corrompu, avide et menteur qui dirige notre vie intérieure. Cette
lutte paraît sans espoir mais on l'entreprend tout de même et, avec
du savoir faire, beaucoup de persévérance, on a vu certains triompher
et parvenir à se libérer d'eux-mêmes.
Le Zen dont je parle n'est pas l'apprentissage d'une méditation, il est
un refuge que l'homme possède depuis toujours, un refuge de paix et de
bonheur qui apparaît instantanément dès qu'on le met en
pratique. Tous les êtres humains quels qu'ils soient sont susceptibles
d'obtenir ce trésor, et même s'ils pratiquent une seule journée,
même s'ils ne prennent la posture qu'un court instant, cela aura une incidence
et transformera leur existence irrémédiablement.
On y découvre des choses toutes simples mais extraordinaires, comme par
exemple le sentiment d'exister. Il est arrivé à tout le monde
d'avoir ce sentiment, tellement intime qu'il nous semble éternel, immortel.
On n'a pas l'impression que cette force de vivre puisse disparaître, même
avec la mort. Ne serait-ce pas cela, la nature de bouddha ? La découvrir
n'est pas plus compliqué que cela. On croit souvent que les choses extraordinaires
sont inaccessibles. Je pense qu'originellement le monde est le paradis, la terre
promise, que la vocation de l'homme est d'être le côté visible
de Dieu. Même l'extraordinaire fonctionne d'une manière tout à
fait simple.
Enlever les complications, les parasites, les pollutions, cela suffit pour que
l'évidence apparaisse. L'évidence n'a été inventée
par personne. Ce n'est pas le Bouddha qui a inventé l'évidence,
ni aucun prophète, ni aucun savant, ni aucun révolutionnaire.
Ils ont seulement su, parfois, la percevoir."
(Réponse du moine Kosen à la question " Qu'est-ce que le
Zen ?" posée lors d'une interview à la radio nationale espagnole
en juin 1997.)
S'il est bien vrai qu'à travers de vrais maîtres
surgissent et s'expriment des évidences révolutionnaires, pour
un moine zen, il est totalement indécent de se cacher derrière
un idéal révolutionnaire.
La révolution qui fera de notre monde un monde plus évolué
ne peut consister dans l'affrontement des Noirs contre les Blancs, des bons
contre les méchants, des pauvres contre les riches, des persécutés
contre les persécuteurs! Elle ne peut pas être que cela, même
si ce sont les premiers symptômes.
La perception révolutionnaire d'un moine zen est beaucoup plus profonde.
Par exemple, au sujet de la révolution zapatiste de Marcos, le résultat
est évident. Comment se réjouir d'un tel phénomène
? Il est facile pour un intellectuel derrière son journal, de prendre
parti et d'utiliser pour son propre corps l'énergie révolutionnaire
de ces pauvres gens qui risquent leur vie en combattant. Et dans ce phénomène,
la jeunesse, ce qui est vivant et spontané, risque d'être écrasé
et complètement annihilé.
Depuis de nombreuses années, c'est comme cela dans toute l'Amérique
du Sud. C'est comme de détruire une forêt pour construire une
autoroute ou un aéroport. Le pire, c'est que, même quand la révolution
est victorieuse, très vite elle devient rigide comme de la glace. Les
Cubains s'échappent en nageant vers les États-Unis. Il y a trente
ans, Mao Tsê-tung proclamait avoir gagné la révolution,
et aujourd'hui, le monde entier attend la révolution de la révolution.
Si la révolution de la révolution arrive en Chine, les Chinois
pourront boire du Coca et avoir des cartes de crédit.
Alors, quelle est l'attitude à prendre ?
Ne pouvons-nous pas croire en un monde honnête et libre où chacun
se sente responsable ?
Carlos Castaneda raconte comment Don Juan fut envoyé par son maître
pour retourner travailler dans l'hacienda où il avait été
exploité dans sa jeunesse, où il avait presque perdu la vie et
où de jeunes Indiens étaient séquestrés et réduits
à l'esclavage. À aucun moment il n'y a chez Don Juan un sentiment
de haine. Seulement être intègre et impeccable avec soi-même,
seulement la pratique intérieure à partir de laquelle les phénomènes
sont aspirés comme dans un tourbillon.
Pour faire aboutir une révolution, nous devons employer l'arme magique
que personne ne peut attraper ni arrêter. Pour obtenir cette arme, il
faut travailler sans trêve sur soi-même. Sur soi-même, mais
pas seulement pour soi-même. Les problèmes que nous nous posons
sur le monde ne doivent pas être abordés avec un état
d'esprit ordinaire mais avec le corps tout entier, avec notre pratique de
zazen. Le pouvoir magique de zazen est au-delà de ce que l'on peut
contrôler.
Questionner nos propres conceptions révolutionnaires est beaucoup plus
difficile que de nous attacher à elles. Cela nous conduit au silence
car il est impossible d'en dire quelque chose. Quand on se pose sincèrement
des questions sur ses propres conceptions on n'est plus seulement révolutionnaire,
on devient la révolution, la révolution vivante et silencieuse.
S'asseoir fermement, sans but, rester immobile. Pratiquer zazen, kin hin,
sampai, les trois postures fondamentales, et samu, le travail qui n'a pas
pour but le profit personnel mais le bien de tous. Ne plus prétendre
que l'on comprend quelque chose. Laisser spontanément émerger
la vérité et la force cosmique, enseigner la liberté
profonde et l'attitude juste aux autres, non pas pour faire de la propagande,
mais pour les aider réellement, et répandre cette influence
afin que le monde évolue. Mais le monde n'évolue pas dans une
direction conceptuelle. La vraie évolution, c'est l'ouverture de la
conscience et la responsabilisation. Simplement en silence, cette évolution
amènera le monde entier dans le tourbillon, le tourbillon des choses
à leur place parce que la nature fondamentale de toute chose est révolutionnaire.
Voici un des mondos que vous pourrez trouver
dans le livre. Vous pourrez lire les autres mondos en cliquant
ici
Qu'est-ce que la liberté ?
Je ne sais pas !!
La liberté, on ne peut pas savoir ce que c'est, ce n'est pas du domaine
humain. Si je vous dis ce qu'est la liberté, ça ne sera plus la liberté.
On ne peut pas dire : "Das ist liberté" !, vous allez vous
enchaîner à une définition de la liberté. Je pense
que les Indiens d'Amérique ne voyaient pas le monde en terme de liberté,
jamais un Indien n'a parlé de liberté. La liberté est
une notion de prisonnier, pas d'homme libre.
La vraie liberté, c'est ce qui est naturellement. Les Indiens considèrent
que la terre est vivante, c'est un être vivant, et chaque forme de la
terre est une expression de ce corps qui est la terre. Ils considèrent
que les hommes font aussi partie de ce corps. Les Indiens ont planté
des graines, ils ont fait pousser des céréales, des légumes!
Ils ont élevé ou entretenu des troupeaux de bisons, de chevaux.
En fait, ils ont profité complètement de tout ce qu'il y avait
là et tout se passait très bien. Mais toujours avec un profond
respect et une communication intime avec tout ce qui existe, y compris avec
les rochers, les pierres, etc.
Quand ils ont vu les blancs arriver, défricher tout un terrain et
puis, là ou il y avait les formes de la terre : "Sschlaaa !''
(mouvement du tranchant de la main), ils ont arraché, planté
bien droit, fait des champs comme cela! Pour eux c'est comme s'ils voyaient
quelqu'un se prendre des coups de couteau dans la rue. Alors les Indiens ont
dit : "Vous ne voyez pas ? Vous blessez la terre, vous l'abîmez
!'' Ils ont tout de suite été complètement choqués
: "Elle va vous porter malheur !'' Parce que la terre vous donne le bonheur
ou le malheur. Jamais un Indien n'a eu une idée de la liberté.
Ils pensent à l'interdépendance, à vivre en harmonie
avec les choses qui existent.
C'est évident, ce n'est même pas la peine de l'expliquer. En
interdépendance avec les réalités: pas seulement avec
des arbres, des montagnes, etc., mais aussi avec d'autres hommes. Il n'y a
pas de liberté, cela n'existe pas. Il y a une interdépendance,
un respect, un échange harmonieux ou pas, c'est tout ! La liberté,
c'est vraiment un cachet d'aspirine pour les esclaves.