QUESTION : discuter ensemble
Cher Stéphane.

J'ai lu les différentes confrontations entre Roland et toi, et je trouve
vraiment heureux que vous puissiez discuter ensemble, comme tu me l'avais
répondu. Vous êtes très différents, mais je ne cesse d'être persuadé que
vous avez reçu la même moelle, et que vous essayez tous les deux de la
retransmettre au mieux, chacun à votre façon. Je n'attends pas la perfection
de vous, juste l'absolu, que vous incarniez Bouddha de façon vivante. Juste
ça!

Pour les nouvelles, suite à ma question sur l'orgueil spirituel, nous avons
été (enfin) virés par notre responsable. Nous voilà seuls, sans demeure, à
poils face au ciel et à la terre. Avec l'impression d'avoir les tripes à
l'air, et l'envie de tout balancer, et aussi d'immenses espoirs.

Seuls face au monde, complètement habités par tout plein de contradictions.
Si nous sommes virés au nom de notre non conformité à ce qui se voudrait une
orthodoxie du zen et du comportement juste que ce responsable n'arrive même
pas à énoncer clairement ni même à pratiquer comme exemple, et de ce qu'il
faut suivre pour avoir l'air d'être un bouddha, nous ne pouvons faire
autrement que de constater que nous sommes habités d'un karma, d'un ego, de
notre imperfection totale et de suprêmes qualités, de notre immense sagesse
et de notre profonde stupidité, et que pénétrant cette dimension à la fois
obscure et lumineuse, qui vit en nous, nous invitons Dieu et le démon à
notre table.

Telle est notre règle aujourd'hui pour pratiquer!

Ca fait du bien et ça fait super mal, nous comprenons et nous ne comprenons
pas, mais ainsi sommes-nous là. Ainsi.

Mais comment pourrions-nous arrèter d'aimer, même s'il y en a qui n'y
croient pas et pensent nécessaire de nous exclure pour se croire protégés de
la peur de perdre ce qu'ils pensent être à eux et qui ne pourra être
qu'illimité et universel, la Voie? Même si on pense qu'il ne faut pas les
conforter dans leurs erreurs, et que c'est les aimer que de ne pas abonder
dans leur sens. Même si on a les boules, même si on a des envies assassines,
même ceux-là, on veut pouvoir continuer à les aimer. Même si dans dix
secondes je vais trahir ce voeu, je sais que je veux depuis toujours qu'il
me poursuive éternellement si je ne le poursuis pas.

Nous ne voulons pas ressembler à Bouddha. Nous voulons être Bouddha, devenir
comme lui, devenir Lui.

Ni plus, ni moins.

Oui, j'ai les boules, je n'arrive pas à faire zazen tout seul, je ne peux
vivre seul, et je l'assume. Car si je le pouvais je ne le voudrais pas!!

Sinon pourquoi serai-je devenu moine? Pourquoi aurai-je quitté ma demeure??

Pourquoi te parlerai-je là, même si c'est derrière cet écran et ce clavier,
que j'espère devenir des organes de transmission de la Voie??

Je suis content d'une chose, c'est de voir que des gens croient encore que
dialoguer est plus important que de regarder nos différences. Et j'espère
que toutes ces discussions concernant l'avenir, non de l'AZI, ni de la Soto
Shu, ni de l'AVZD, mais du zen, préserverons cela et en ferons une règle
plus absolue que toutes les autres. Car c'est de cela que le monde a besoin.
Et en tous cas moi, petit composant de ce monde. Là est pour moi
l'universalité du bouddhisme.

Puisqu'il en est question.



Je n'ai jamais choisi qui je suis par élimination d'un autre. Simplement je
choisis qui je suis pour être avec lui. D'ailleurs, je n'ai plus envie de
suivre personne. J'ai juste envie d'être avec vous tous, sans plus que
quelqu'un suive quelqu'un d'autre, mais parce que l'on chemine ensemble.

Et si j'ai la gorge nouée en écrivant cela, c'est que je ne suis pas encore
libre de beaucoup de souffrances, mais c'est moi, ainsi.

Voilà.

Maintenant, je repose une question que tu n'as pas eu le temps de répondre,
mais pour ne pas faire double emploi, je te la réécris :

Lorsque le maître et le moine font sampai face à face, reste-t-il encore un
être humain à éveiller??

Parce qu'un jour, celui qui m'a appris zazen a déplié son zagu totalement
face à moi, alors qu'on fêtait l'anniversaire de mon ordination. Et je
réalise que j'ai tout reçu, ce jour où avec lui, je n'étais plus rien de
spécial, simplement le front à terre face au sien. Et ce moine qu'il est est
devenu pour moi alors un vrai maître de la transmission, et il m'a aidé à
pouvoir rester un homme en m'apprenant à en faire un Bouddha. Et ça
continue. J'espère.

Merci à tous ceux qui permettent que Cela continue.

Avec tous mes voeux pour les fêtes, et la nouvelle année, à toi, et à tout
le monde!!

OOUUAAAAAIIIIHHHHH......SANTE !!!

Laurent







REPONSE :

MU!

KOSEN!

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