| QUESTION : il me plaît de parler avec des gens de sanghas différentes |
| Bonjour. Merci pour ta réponse à ma question sur l'orgueil spirituel. Je viens de lire ta réponse sur la légitimité de ta lignée par rapport à la soto shu. Je n'ai fait qu'une sesshin avec toi. Ce jour-là, j'ai réalisé que Roland était celui avec qui je voulais poursuivre cette relation particulière, tissée à partir de l'ordination. Cela dit, pour pouvoir le ressentir, je suis venu t'écouter, et je le referai à l'occasion. De toutes évidences, il y a un malaise montant depuis qu'effectivement certains se sont fait certifier par la Sotoshu, et beaucoup disent se sentir mal dans tout cela, sans oser le montrer, ce qui est mauvais signe. Ce qui me frappe, c'est le nombre de gens( dont moi!), qui s'adressent à toi ici, comme si dans leur milieu de pratique ils ne pouvaient pas être nourri par rapport à leurs questions profondes. Un ancien me disait récemment que l'on ne pouvait plus dire ce que l'on pensait dans l'AZI. Pour ma part, je pense que c'est allé bien trop vite, et cela sans considérer que ce que Deshimaru a laissé n'avait pas besoin d'autre chose que d'être pratiqué(et cela me semble trahir un profond manque de foi). Comme l'on cultive un terrain, qui finit par donner ses fruits. En France, ils ne seront pas les mêmes qu'au Japon. Car le terrain est différent. Je sens que tout un aspect de ce que Deshimaru a transmis, lié à simplement une présence totale dans son corps-esprit, se fait étouffer par un retour à de bonnes manières, un conformisme de pratique soi-disant standard de la pratique juste, ce que j'appelle du zen en costard-cravate. J'ai eu la chance d'apprendre zazen avec quelqu'un qui se fichait de tout cela, des formalités, et voyait l'essentiel : bodaishin. Je n'ai pas connu Deshimaru, mais je pense suivre la voie qu'il a ouverte dans la montagne grâce à ce que j'ai reçu, y compris de Roland. Certes, je peux me tromper. Je ne suis d'ailleurs pas toujours d'accord avec Roland, ni forcément toi, ni d'autres. Ni ne rejette ce que je peux prendre de bon en chacun d'entre vous. Il me semble simplement qu'aujourd'hui, beaucoup voudraient veulent avoir un maître qui leur dit quoi penser, pour s'épargner l'effort de réfléchir et choisir par soi-même. Alors que je crois évident que c'est à nous aujourd'hui d'inventer les formes d'expression de la Voie dans notre monde moderne. Tout en restant enraciné dans la transmission. En ce sens, je n'ai d'ailleurs pas envie de rester cantonné au zen. Si j'aime connaître nos patriarches, il me plaît de lire Lee Lozowick, Daniel Odier, Fabrice Midal, et d'écouter les cathos, musulmans et juifs, et simplement le monde, car là est ce qui fait vivre la Voie. Et c'est ainsi que je connais le zen. Aussi par l'art, l'écologie, la vie sous toutes ses formes...et avec ma compagne, et mon fils. Ainsi aussi, il me plaît de parler avec des gens de sanghas différentes que les personnes que je connais, dont la tienne, car je crois que c'est bien plus enrichissant que de rester à frayer entre soi dans son clan et se faire croire qu'on est les meilleurs. Et je me fous de plus en plus de paraître 'zeniquement correct' ou non, car je me sens tellement plus vivant!! La personne dont je parlais dans ma question précédente sur l'orgueil, m'a dit il y a peu : 'on pratique comme au Japon, on ne se pose pas de questions.' Et là, ça me fait vraiment peur, froid dans le dos!! Car je pratique en France, et je ne veux surtout pas cesser de me poser des questions!! et pas les résoudre en réduisant la Vérité a tenir son bol comme-ci, ou donner le coup de cloche comme ça!! J'ai été ordonné par Roland. J'ai lu ce que tu dis de lui concernant les ordinations. Je comprends ton point de vue, et le respecte, car il est clair et sans ambiguité. J'essaie de comprendre aussi le regard de Roland et ses choix. Maintenant, lorsque je m'assieds, tout cela est peu important, et je deviens exactement semblable à vous deux, à Deshimaru, à Bouddha, à l'univers entier, même si ma réalisation de Cela est infime, et dure un quart de seconde. Pour ma part, étant ordonné, j'ai dit oui à rentrer dans l'ordre cosmique, et si c'est Roland qui m'a ordonné, je me fous que mon voisin de zazen le soit ou pas, ou par quelqu'un d'autre, je serai content que l'on soit ensemble assis, car c'est cela qui compte. C'est faire zazen qui scelle l'ordination,c'est l'ordination qui scelle zazen et ensemble c'est encore mieux, au-delà de tout choix ou rejet! Je pense que toute cette situation que l'on traverse est un grand koan, sinon maître Deshimaru serait mort après avoir donné un shiho. Et je reste avec ce qu'il a dit avant de partir pour ne plus revenir : 's'il vous plaît, continuez zazen.' Et c'est à cela que j'essaie de rester fidèle, et malgré que je ne l'aie connu, je peux sentir dans mes cellules tout l'amour, les efforts, voire la souffrance qu'il a pu vivre, et connaître, pour simplement nous transmettre ce trésor de 'simplement s'asseoir', comme des bouddha. Comme des hommes. Il est évident que quelque chose bouillonne de plus en plus en ce moment. Je le sens, c'est physique, vibratoire. Presque palpable. Où allons nous?? Je ne sais pas. Mais je ne veux pas marcher sur n'importe quel chemin, et je sais aujourd'hui qu'il n'y a pas de fatalité dans le choix, mais responsabilité quant à la direction que je choisis de prendre. Et quant à être fidèle à ce que Taisen Deshimaru a transmis, je pense qu'on peut sentir au fond de soi ce qui est juste concernant cela, sans se laisser abuser par les mots, fussent-ils ceux d'un maître. Sans non plus se laisser abuser par une construction d'ego! Tokuda a dit de lui qu'il était un géant, et aujourd'hui, je pense qu'on peut sentir encore son souffle. Mais..mais...mais, si l'on ne fait pas attention la flamme ne pourrait-elle pas s'éteindre?? Car il s'est dissolu dans Ku, mais nous, aujourd'hui, sommes là, existants ans ce monde. Alors, que faire??? Attention!...Attention!.... Excuse-moi d'avoir été long, ni d'avoir posé de vraie question, mais j'avais envie de te dire cela, du fond de mon Coeur, au tien. Respectueusement. |
| REPONSE : |
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Parfois je suis si triste de ne plus pouvoir être avec mes anciens camarades de zazen, de ne plus pouvoir pratiquer à la Gendronière, je me dis que si j’avais été à leur place j’aurais sans doute fait comme eux, que ce que je critique en eux existe dans une partie de moi-même. Mais je crois, que si je suis à la place où je suis et dans ma situation, c’est pour y exprimer un certain aspect de l’enseignement de sensei et je ne pourrais pas le faire si j’étais resté là-bas. Deshimaru était tellement universel, qu’il est difficile, à un seul homme de pouvoir prétendre le représenter complètement. Il disait toujours : « you must follow my idea » mais qu’elle était elle ? Celle de Roland ou la mienne, je pense que chacun de nous fait ce qu’il croit juste et ainsi remplit la tâche qui lui était assignée, pour ma part c’est sans compromission comme me l'a enseigné Niwa zenji lors de la remise du shiho. Roland m’a adressé une réponse, suite à ma déclaration, je la publierai lorsque j’aurai eu le temps d’y répondre, puisque c’est dans le cadre du mondo on line. N’est-ce pas merveilleux que deux maîtres puissent discuter de sujets aussi importants? KOSEN! |