C'est en mourant que vous pourrez vivre

Un texte de Kodo Sawaki

Muju zenji a dit : « C'est en mourant que vous pourrez vivre. » Sans mourir ce monde ne peut pas naître. Tant que l'être humain vit, son monde n'est que celui de l'illusion. II pleure et il rit, il aime et il hait, il décide arbitrairement en ignorant tout de ce qu'est le bonheur et le malheur.
Le dharma authentique signifie retrouver notre esprit originel et chercher le royaume éternel et immortel. Une vie avec une naissance n'est qu'une vie de rêve. II nous faut découvrir le monde qui pénètre le ciel et la terre, et pas le monde de nos illusions. Une vie d'éveil total, sans mort vers le futur, sans naissance vers le passé ; oublier tout et être en continuité avec les bouddhas des trois temps et les générations des patriarches.
Zazen est la méthode qui affirme inébranlablement ce soi, c'est l'art superbe pour le soi de devenir lui-même. Tant qu'il ne le devient pas, nous ne faisons que jouer avec nos vieilles rengaines. La forme où ces enfantillages cessent est zazou.
Ce soi ne peut pas être remué. Il est l'immobilité originelle. La louange et la critique ne peuvent pas le bouger. On ne devient pas grand parce qu'on est admiré, ni méprisable parce qu'on est critiqué. Saisir cela, c'est devenir Bouddha, et zazen est l'état extrêmement froid de nos cerveaux enfiévrés.
II n'y a aucune raison pour qu'un riche soit une noble personne, et qu'un pauvre ne le soit pas. C'est pourquoi je dis que chaque personne est absolue et je m'affirme en disant : je suis. Bien que les autres pensent : « Quelle espèce de moine mendiant est-ce là ? », je respire avec mon nez et je n'emprunte les narines de personne. Bouddha ne souille pas le soi et le laisse aller en complète liberté.
II y a souvent des gens qui doutent de posséder eux aussi la nature de bouddha. Je leur dis toujour espèce d'idiots, que me souillez-vous là ! Nous sommes tous au coeur même de cette nature de bouddha, au centre même de zazen. Quand vous faites zazen, le corps entier est en zazen, rien n'est plus évident. Si vous buvez de l'alcool, tout votre corps est ivre, jusque dans vos articulations, vos os, vus muscles et chaque recoin de vos cellules. C'est cela la doctrine définitive.
Demandez-vous plutôt : " Pourquoi suis-je né dans ce monde humain ? " Celui qui n'a pas d'aspiration à l'éveil répondra : " Pour faire des crottes. » Nous devons découvrir la tâche ultime de l'être humain.
Par tous les moyens, laissez-moi ramener ce Sol charmé et chéri par le démon au soi qui est unité avec Bouddha. Cela ne peut être une affaire privée. En pratiquant honnêtement apparaît l'esprit d'éveil et la prière certifiés par les trois trésors. Chacun revient ainsi à ce soi dans sa propre vie, tourne le bouton qui l'illumine et le protège résolument. Lorsque le soi est clairement affirmé, une main qui danse, un pied qui marche, un corps debout ou allongé sont l'existence entière de la vie de Bouddha.
Un corps humain est mortel et par conséquent il est inutile de s'appuyer dessus. Mais pour ne pas mourir, que pouvons-nous faire ?
Jetez le corps, abandonnez l'attachement à l'ego et les pensées individuelles. Vous trouverez une pensée qui enveloppe le ciel et la terre, qui ne fait jamais d'erreur, quoi qu'on puisse en penser, dans les trois mondes du passé, du présent et du futur.
En bref, il n'y a ni perte ni gain pour les bouddhas et les patriarches. Lorsque nous leur dédions notre corps et notre être tout entier, que nous ne détournons pas notre regard de leur visage, donc nous sommes sur la même longueur d'onde, nous pouvons expérimenter la compassion Infinie et illimitée des bouddhas et des patriarches.

 

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