Ni crime, ni bonheur, ni perte, ni bénéfice

Un texte de Kodo Sawaki

Aux yeux des bouddhas il n'existe ni crime, ni bonheur, ni perte, ni bénéfice. Tuer un homme est un crime certain, mais à la guerre c'est parfois de l'héroïsme louable... S'éveiller à l'esprit de Bouddha, c'est devenir une personne que rien ne sépare de l'univers. Au début du sutra de Bodhidhama on trouve ces mots : "Notre nature est mystérieusement subtile. " Cela signifie que vous êtes sans limite et que je me trouve en vous. Alors, il ne peut rien exister qui tue. Ce que je veux dire c'est que si je ne tue pas, ce n'est pas parce qu'on me l'interdit mais parce que je ne peux tuer. Et ce n'est pas parce que je n'en ai pas le droit que je ne vole pas, mais parce que je ne peux pas voler.
S'il y a un sujet et un objet, il n'y a pas le dharma du Bouddha. Moi et vous sommes unis; moi et l'ennemi sommes unis. Et cette même voie, ce même dharma, cette même certification et cette même pratique ne sont jamais troublés ou détruits. C'est vraiment bien, il n'y a rien de mieux.
La bombe atomique peut éventuellement sauver le camp de ceux qui l'utilisent mais pas le camp des ennemis. Seul zazen sauve les deux : amis et ennemis. Devenir bouddha c'est s'asseoir simplement en zazen. Comprendre la Voie c'est la suivre. Pratique et satori ne font qu'un, mais pratique ou non, le satori est là. C'est très difficile à comprendre.
Lorsqu'on pratique au milieu des illusions, le satori vient pour la première fois avant qu'on en soit conscient. N'est-ce pas une pratique merveilleuse ?
Seulement s'asseoir, sans rien désirer. On parle d'éternité mais l'éternité c'est pratiquer ici et maintenant. Si j'arrive à vous faire comprendre cela profondément, vous ne vivrez pas jusqu'à 50 ans dans le noir! Sinon, vous ne pouvez suivre la voie du Bouddha. Zazen, c'est pratiquer ici et maintenant. Maintenant ! Maintenant ! Maintenant ! Car rien n'est éternel. Donc, même la santé n'est rien ; même l'intelligence n'est rien. Alors il faut attraper celle chose très importante qui résout le regret qu'on pourrait avoir de se faire couper la tête maintenant.
Le dojo est le lieu où on tue les hommes. Tant que l'homme vit en nous, ce monde demeure un monde d'illusions et de chimères. II est important de mourir pour voir le monde. Vu du cercueil, c'est un spectacle intéressant. La réalité du vrai monde est magnifique pour peu qu'on enlève ses verres teintés pour la contempler. Mais de cela vous ne pouvez en discuter avec les hommes. Alors il faut tuer l'homme. Et lorsque l'homme est mort, c'est bien. La religion, ce n'est pas transformer le monde extérieur mais bien transformer cet oeil cette oreille, et cette eau La religion ce n'est pas penser, mais pratiquer. La pratique religieuse est la chose unique. Rien à voir avec les vérités vantées sur l'emballage d'un médicament Par la pratique quotidienne on sera né au paradis, en perdant sa pratique quotidienne, on sera né en enfer. Le paradis dont je parle, c'est le calme, la force tranquille d'un homme pour qui il n'y a ni bien ni mal, ni Bouddha ni satori, rien à rechercher, rien à fuir.

 

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