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Cher Kosen,
Comme vous dites : il serait stupide de croire, que l'histoire va
se répéter plusieurs fois, ou à chaque fois, de la même manière.
Je n'ai pas connu Maître Deshimaru mais je pratique depuis assez longtemps
pour avoir connu votre départ de l'AZI.
A ce moment j'ai vécu une souffrance comme si ma propre famille se disloquait
et en même temps j'ai ressenti comme si quelque chose de fort qui était
jusque là porté par l'ensemble du groupe s'évaporait et disparaissait
avec cette scission.
Quelque chose dont j'avais été témoin et qui n'existait plus qu'en moi
même. Depuis lors je suis cette voix à l'intérieur de moi m'aidant de
l'interaction avec différents maîtres pour suivre mon propre chemin, pour
réaliser cette chose que j'ai vu au sein de l'AZI du temps que vous y
étiez encore.
Quoiqu'il en soit j'espère que l'AZI et vous finirez par vous réconcilier
totalement et trouver l'unité. Cette unité je tâche de la réaliser d'abord
en moi même en ne voyant pas d'opposition entre ces deux chemins.
Bien à vous
Arnaud Prinstet
Étudier la transmission est très important, disait maître Dogen
Zenji. C'est pourquoi je vais prendre la peine de vous répondre.
Tout d'abord, Shiho et transmission sont deux choses différentes bien
que non séparées. Dans le zen on considère que le subjectif doit se refléter
ou être certifié par l'objectif. Donc, la transmission doit selon notre
tradition être certifiée par le Shiho.
Le shiho, est une cérémonie, un rite initiatique, qui contient en lui-même
également une part de transmission subjective, du maître au disciple.
La transmission, elle, est un acte objectif, du maître envers son disciple.
Il lui transmet littéralement, s'il l'en pense digne, une énergie froide
et lumineuse que l'on appelle la moelle du zen. Cette énergie se transmet
comme de l'eau d'une bouteille à une autre bouteille.
Seulement, ce phénomène n'étant connu que du maître et du disciple, il
ne peut être considéré comme objectif aux yeux des autres personnes. Il
est donc nécessaire, que cette transmission soit certifiée par le Shiho,
document qui est remis lors du rituel dont je vous ai parlé précédemment.
Il est bien évident que c'est la transmission qui est importante avant
tout, mais si elle est authentique, elle doit se révéler objectivement
au su de tous, le moment voulu. Celui qui a reçu la vraie transmission
de son maître, n'a pas besoin du Shiho et dans de nombreux cas celui qui
a reçu un Shiho, n'a pas reçu nécessairement la moelle d'un vrai maître.
Il est à noter que parfois, les deux, transmission et Shiho se font au
même moment.
Venons en maintenant à votre question proprement dite, c'est à dire,
à l'explication historique des choses. Comprenons que l'histoire de la
transmission de maître en maître depuis Bouddha a été pour chaque successeur
une histoire spécifique et qu'il serait stupide de croire que l'histoire
va se répéter plusieurs fois, ou à chaque fois, de la même manière. Mais
là où l'on peut en retirer une leçon et avancer dans la compréhension
de ce thème, c'est en comprenant que l'histoire même de la transmission
est l'expression de l'esprit lui-même et de la vérité cosmique elle-même.
Elle est toujours un message et un enseignement pour les pratiquants des
trois temps, qui ont les yeux et le coeur ouvert et qui ne sont pas tentés
de mentir, à eux-mêmes et aux autres, par le souci de l'apparence et du
succès mondain.
Maître Kodo Sawaki a donné je crois cinq shihos mais il n'a donné que
trois transmissions: "la chair", à une nonne qui c'est coupé le doigt
pour obtenir la permission de le suivre, alors qu'elle était précédemment
disciple d'un autre maître et que Kodo la refusait comme disciple. Elle
fut la première des disciples, dans la connaissance et la couture des
Kesas. Un moine, qui fut chassé de la sangha sur des accusations mensongères
du secrétaire de kodo qui était à cette époque "Nishiyama kocho" Ce moine
vécu tout le reste de sa vie en ermite, dans une petite hutte où il ne
faisait que zazen. Mon maître l'aimait et le respectait beaucoup et lui
rendait visite chaque fois qu'il allait au japon. Lui reçu "la chaire".
Il était le premier, dans la pratique du zazen. Et puis Deshimaru qui
reçu la "moelle du zen", juste avant la mort de son Maître. Il était l'incarnation
d'un grand bodhisattva et d'une dimension innée, supérieure à tous les
autres et Kodo Sawaki le savait depuis toujours. Vu la personnalité de
Deshimaru, il ne s'est jamais soucié de certifier sa transmission par
un shiho et un shiho de qui? Il n'avait bien entendu besoin de personne
pour faire ce qu'il avait à faire et certainement pas de Narita roshi,
qui, bien qu'ayant reçu l'enseignement de Kodo Sawaki durant de nombreuses
années, était avant tout le disciple de son propre père, qui demanda à
Kodo Sawaki si par amitié pour lui, il lui ferait la faveur de donner
en son nom le shiho à son fils. Il est à noter également, que mis à part
les disciples qu'il a emprunté à mon Maître, à tort ou à raison, Narita
roshi n'a jamais eu aucun disciple, ni aucune sangha.
Pour ce qui est du Shiho de maître Deshimaru: Quelques années avant
sa mort, il accepta néanmoins, d'objectiver sa transmission, en recevant
le shiho. Mais le shiho de qui? Tout simplement de la plus haute autorité
du zen japonais de l'époque, l'équivalant du pape, le zenji de Heiheiji,
Hiamada Rerin. Voila l'histoire tel que "moi" héritier de Maître Deshimaru,
je la raconte. Vous pourrez aisément remarquer, que ceux qui n'ont pas
reçu la vraie transmission de leur maître, sont incapables d'exprimer
quelque chose de cohérent et de clair à ce sujet, ne semant que la confusion
autour d'eux et finissant même par laisser insulter leur propre maître.
KOSEN!
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